Il suffit de rentrer les mots clés ‘’vacances instagrammables’’ dans un moteur de recherche pour avoir une liste des 20 meilleures places à photographier pour faire rêver tous ses abonnés! Afin de décider de la destination de nos rêves, nous attrapons aujourd’hui notre téléphone et nous empressons de rentrer l’hashtag #voyage pour décider, par le biais de photos aux couleurs retouchées ou la pluie n’est jamais invitée, quelle destination on va s’offrir cette année!

Tourisme Instagram

Quand nous décidons de suivre le compte d’une personne sur les réseaux sociaux, nous nous transformons en followers. En français on parle d’abonnés, pourtant les traductions du mot follower se rapprochent plus des mots fidèle, fan, suiveur ou disciple. Bien que nous ayons toujours le pouvoir de décider quel compte nous suivons, les informations partagées en ligne influencent notre vie en nous invitant à suivre des tendances sans forcément les questionner.

Qui n’a jamais eu envie de revivre ce magnifique coucher de soleil filmé dans son intégralité par son influenceur préféré ? En 2018, le site Booking a révélé qu’un tiers des voyageurs vont sélectionner leur hébergement de vacances pour son potentiel « instagrammable » !  Le chiffre monterait à deux tiers pour les 18-34 ans selon une étude réalisée, la même année, par Expedia. Oui, vous avez bien lu! La recherche de lieux insolites liés aux coutumes locales ou la richesse de leur histoire semblent être reliées au deuxième plan, pour un bon nombre de personnes, pour qui la photo numérique ‘’parfaite’’ est plus importante quand il s’agit de choisir leur destination. Quand on sait que 75% des internautes achètent un produit ou service suite à la publication d’un influenceur qui vante une marque ou lieu, on comprend que le tourisme a vécu un avant/après réseaux sociaux.

Mais quel est le problème à recopier ce que l’on voit en ligne ?

L’enjeu de taille face à cette chasse à la photo qui obtiendra le plus de #Jaime, c’est la fragilité de certains lieux naturels qui ont été pris d’assaut par la population pour faire comme leurs amis ou influenceurs fétiches. Le web rend accessible plus facilement certaines places qui étaient réservées à une quantité restreinte de visiteurs auparavant. De plus, ce nouveau tourisme invite des curieux qui ne sont pas toujours là pour s’imprégner de la beauté du lieu mais pour simplement faire leur séance photo!

Ainsi on pourra citer la fermeture provisoire de la Grotte secrète dans le parc de Banff en 2018. Le lieu somptueux héberge des martinets, une espèce d’oiseaux rares qui voit sa population diminuer et dont la période de nidifications pouvait être fortement perturbé par les nombreux visiteurs journaliers.

Les Joshua Trees qui ne poussent qu’à une seule place dans le monde qui se trouve être le désert de Mojave en Californie, ont aussi été victimes de leur succès. Les agents du parc ont observé des gens grimper dans les branches pour prendre une photo originale à partager ensuite sur leurs réseaux sociaux. Ces gestes ont mené à la destruction de plusieurs arbres vedettes vieux pour certains de plus de 150 ans.

Enfin des lieux comme Auschwitz, l’ancien camp d’extermination nazie situé en Pologne, ont pour leur part été forcés de faire un rappel des bonnes conduites à adopter dans un lieu où des millions de personnes ont été tuées. Les visiteurs faisant des selfies et autres photos parfois jugées indécentes dans un lieu comme ce Musée qui a pour mission de rendre hommage aux nombreuses victimes d’une des plus sombres périodes de notre histoire.

Un autre danger de ce ‘’tourisme Instagram’’ c’est notre attachement parfois trop important à notre téléphone cellulaire et à notre besoin d’approbation des autres. Pour créer un souvenir il faut prêter attention, ce qui est difficile avec ce petit écran conçu pour nous distraire en permanence! Il est nécessaire de laisser notre cerveau effectuer son travail d’enregistrement, prendre conscience de ce qui nous entoure pour le mémoriser.

Saviez-vous que de compter sur la technologie pour se souvenir d’événement réduit notre attention et diminue sa mémorisation ? C’est ce qui a été démontré par une étude réalisée en 2013, et parue dans la revue Psychological Science. D’autres études parues dans Journal of Experimental Social Psychology ont démontré que notre obsession à vouloir tout photographier avec notre téléphone détériore nos meilleurs souvenirs.

D’autres études ont démontré que notre ressenti varie en fonction de la raison pour laquelle nous allons prendre une photo, si on la prend pour la publier en ligne donc pour les autres ou si on la prend pour soi-même, afin de la garder en souvenir. Vous aurez deviné que nous avons plus de satisfaction à prendre des photos pour nos souvenirs et non pour ce concours en ligne implicite de mention ‘’j’aime’’.

Il est donc conseillé de garder les anecdotes de voyage croustillantes pour le retour afin de les partager en personne avec amis et famille! Cela nous permettra de mémoriser correctement les vacances qui sont en train de se dérouler et de mettre au programme de notre retour des rires authentiques avec nos proches lorsque viendra l’heure de raconter une escapade particulière.

Voyager c’est grandir

Voyager c’est avant tout partir à l’aventure pour soi, créer des liens avec les personnes que l’on rencontre, s’émerveiller d’une vue, des architectures et des spécialités culinaires que nos sens découvrent au fur et à mesure. Partir en vacances c’est s’autoriser à lâcher prise sur sa routine quotidienne, c’est sortir de sa zone de confort dans le respect d’un nouveau lieu et s’enrichir de nouvelles expériences qui nous font grandir. Recevoir un cœur virtuel entre deux visites ne mettra pas plus de piquant au séjour! Il est de notre responsabilité de rester dans le moment présent pour tirer le meilleur de nos heures en tant que touriste afin de créer des histoires dont on se souviendra demain. Le nombre de j’aime en ligne ne déterminent en aucun cas la qualité des vacances!



Laurie Michel

Laurie est conférencière, auteure du livre Moins d'écrans - Plus de moments présents et fondatrice de Vivala, entreprise spécialisée dans le bien-être numérique depuis 2019. Elle accompagne les organisations et individus à se sensibiliser à l'hyperconnectivité, la nomophobie et aux bénéfices de la déconnexion numérique.

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